Marie Josée

Est-ce qu’un foyer est plus que simplement un endroit où dormir; un endroit sûr et sécuritaire? Est-ce qu’une famille nous aime inconditionnellement; est-elle formée de gens à qui on peut se confier? Si c’est le cas, alors je n’ai jamais eu de foyer ni de famille. Mon foyer était une prison. Je demeurais dans une région rurale très isolée. Mon père était violent auprès de ma mère, de mes frères et de moi-même. La principale source de revenu de mes parents était des actes criminels comme le vol et le trafic de drogues. Voici ce qu’était ma réalité.

À l’école, ce n’était pas mieux. Je me faisais harceler quotidiennement et mes notes ont commencé à en souffrir. Je séchais souvent mes cours et je fumais de la marijuana. Cela a mené à des suspensions et, éventuellement, à l’expulsion. Je me sentais perdue à l’intérieur de moi-même. Mes pensées étaient remplies de négativité, de colère, de tristesse et de souffrance, ce qui me dépassait. Il m’était difficile de communiquer et de socialiser puisque j’étais anxieuse et que j’avais des crises d’anxiété. Je me souviens d’avoir regardé par ma fenêtre, en rêvant que j’étais ailleurs. Je voulais m’enfuir, mais je ne savais pas où aller. Dans la forêt qui m’entourait?

Les choses ont complètement changé lorsque j’ai avoué à ma mère que mon père m’agressait sexuellement. À l’époque, je n’avais que 16 ans. Après avoir déménagé chez mes grands-parents maternels, je vivais encore bien des difficultés. Rien ne m’était important, je souhaitais mourir. Je ne pouvais même plus aller à l’école et voir mes amis puisque mes grands-parents vivaient trop loin. C’est à ce moment que j’ai commencé à visiter le Bureau des services à la jeunesse (BSJ). Ma mère m’a conduite à un logement d’urgence pour jeunes femmes du BSJ, et ce refuge m’a fait connaître la Halte-accueil du centre-ville.

Je n’étais pas familière avec la ville; cela m'était tout nouveau. C’était le début de ma vie dans la rue. J’ai rencontré des jeunes de la rue et nous sommes vite devenus amis. Ils m’acceptaient et ne me jugeaient pas. J’ai commencé à consommer des drogues dures comme l’ecstasy, le crack et l’amphétamine; pratiquement tout ce que je pouvais trouver. Cette consommation m’aidait à oublier mes problèmes et à calmer mon anxiété.

J’ai commencé à dormir dans la rue, dans des maisons abandonnées, dans des hôtels et chez des amis. Afin de financer ma consommation de drogues, je mendiais pendant presque toute la journée et parfois je commettais des crimes. J’ai donc acquis un casier judiciaire et j’ai été incarcérée au centre de détention William Hay. J’étais sur une mauvaise voie et je pouvais à peine me reconnaître. J’étais aussi constamment à l’hôpital en raison de mes pensées suicidaires et de mon automutilation.

La Halte-accueil du centre-ville du BSJ m’a aidée tout au long de mes difficultés. Parfois, c’était seulement pour parler à quelqu’un ou pour subvenir à mes besoins fondamentaux, tels que me nourrir et prendre une douche. Le refuge m'a orientée vers un travailleur du Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle, que je fréquente encore aujourd’hui. Ces gens m’ont aussi aidée relativement aux procédures judiciaires contre mon père. Après un an et demi de crise, j’ai décidé que j’en avais eu assez et que je voulais apporter des changements. J’ai abandonné la drogue et j'ai déménagé dans un domicile stable.

Je voulais rendre au BSJ ce qu’il m’avait donné alors je me suis jointe au Programme de l’engagement des jeunes. Au cours des trois dernières années, j’ai participé à ce programme. J’ai commencé comme membre du comité et j’occupe maintenant un poste de direction. Le comité m’a poussée à travailler afin d’atteindre mes buts et m’a gardé sur la bonne voie. J’ai beaucoup appris et j’ai réussi à m’exprimer grâce à de la formation telle que des conférences, des ateliers et plus encore.

Je sens que je fais partie de ma communauté et cela m’est important. Le BSJ a cru en moi et m’a poussé à relever des défis. Lorsque je me croyais invisible, il me voyait comme une personne. Le BSJ est plus que simplement un organisme, c’est une famille, un foyer et un ami. Avec lui, je me suis tant épanouie et j’ai repris confiance en moi. Grâce à cet organisme, je me vois comme une personne digne qui peut accomplir tout ce qu’elle désire. Je réside maintenant dans un logement à long terme du BSJ, j’ai terminé mes études secondaires et je suis présentement une étudiante collégiale.